lundi 21 novembre 2011

Emploi IT : une bataille des chiffres entre le Syntec et le Munci qui n’est pas anodine


Emploi IT : une bataille des chiffres entre le Syntec et le Munci qui n’est pas anodineDébat - Chômage dans la profession, nombre d’informaticiens en France, tension ou non des métiers du numérique, hégémonie patronale… Syntec Numérique et Munci, une association d’informaticiens, s’affrontent sur les chiffres. La question centrale : le lobbying en faveur du numérique autorise-t-il tout ?
Volonté de lobbying et échéances électorales poussent les acteurs du numérique à multiplier les contacts et les initiatives en direction des dirigeants politiques – et réciproquement. En France, Syntec Numérique entend ainsi mobiliser autour de son leadership.
Pour défendre ses métiers et les intérêts de ses membres, le syndicat patronal soigne donc particulièrement son image, insistant notamment sur le poids économique des entreprises du secteur.
Un taux de chômage qui a son importance
Pour cela, il s’appuie notamment sur plusieurs chiffres, qu’il défend ardemment face aux contestations, en particulier de la part du Munci, une association d’informaticiens. Le président de Syntec Numérique, Guy Manou-Mani, a défendu ces chiffres à l’occasion de sa conférence du 17 novembre sur la conjoncture 2011-2012.
« Nous serons particulièrement scrupuleux sur la donnée des chiffres. Et chaque fois, nous reprenons les chiffres de l’Apec en direct, sans aucun changement ou arrangement » jure-t-il avant d’annoncer un taux de chômage des informaticiens basé sur une estimation de 700.000 à 800.000 emplois.
« 24.000 [Ndlr : il y avait 25.900 chômeurs de catégorie A en septembre] sur 800.000, cela fait 3% de chômage. C’est un chiffre incontestable et qui n’est pas donné par nous pour je ne sais quelle idée » calcule ainsi le président de Syntec Numérique. Problème, comme le relève notamment le Munci, d’ailleurs directement pointé du doigt durant la conférence, cette donnée est bien erronée.
Elle n’est en tout cas pas le fruit d’une comptabilisation de l’Apec. Car selon le Munci, qui se réfère à des études de l’Apec, pour l’agence « il y aurait environ 391.000 salariés (cadres et non cadres) exerçant en France une fonction dans l’informatique. » Au 2eme trimestre 2011, l’Insee dénombrait 533.000 informaticiens salariés et demandeurs d’emploi.
"Exagérer les difficultés de recrutement", levier économique des SSII
Avec une base de 800.000 informaticiens, le taux de chômage est donc totalement différent qu’avec 533.000 (3,3% au lieu de 4,8%). Si Syntec Numérique se défend de toute volonté d’instrumentaliser les chiffres (les libertés prises avec les chiffres de la filière nucléaire française démontrent que l’exercice n’est pas exempt d’arrières pensées), le Munci se pose là encore en contradicteur.
« Exagérer les “difficultés de recrutement” a toujours été un moyen pour les SSII de légitimer davantage le recours à l’offshore et à l’immigration économique depuis les pays à bas coûts… souvent synonymes de dumping social, réduction des coûts oblige ! Autre intérêt : bénéficier des fonds publics (pôle-emploi et collectivités territoriales) pour former, souvent à la va-vite, des non-informaticiens à nos métiers » pointe l’association.
« Toute les entreprises souffrent d’une tension » a d’ailleurs clamé Guy Manou-Mani. « C’est un mauvais combat, un très mauvais combat, pour ces associations pseudo-syndicales qui contestent ces chiffres parce qu’elles nous empêchent de faire pression sur les pouvoirs publics pour améliorer le nombre d’ingénieurs, pour encourager le public à choisir ces professions » ajoute-t-il.
Les contestations sont un mauvais-combat selon Syntec Numérique
En clair, la contestation pénaliserait le secteur et ses métiers. Régis Granarolo, président du Munci, reconnaît que les critiques dont l’association fait l’objet de la part du Syntec Numérique sont de « bonne guerre », mais conteste avoir une attitude « contre productive. »
« Ce n’est pas en communiquant des chiffres erronés et en donnant des repères qui ne sont pas les bons que nous serons pris au sérieux. Au contraire, pour gagner en crédibilité auprès des politiques, il est indispensable d’être capable de fournir des chiffres fiables. »
Fiabilité qui ferait d’ailleurs aussi défaut à un autre chiffre avancé par Syntec Numérique pour dénoncer la circulaire Guéant sur les jeunes diplômés étrangers. « Malgré nos efforts, cette circulaire est sortie et a pénalisé 6.000 jeunes étrangers en situation régulière, qui ont fait des études dans nos grandes écoles » dénonçait Guy Manou-Mani.
Questionné, à plusieurs reprises, Syntec Numérique assure que ces 6.000 diplômés concernent la seule filière du numérique. Le Munci, favorable à un maintien sous conditions de la circulaire Guéant, juge le chiffre de 6.000 diplômés étrangers « totalement extravagant »
"Nous représentons toute la profession". Non répondent Munci et Cicf
Selon le Collectif du 31 Mai, cité par l’AFP, toutes filières confondues (grandes écoles ou non), ces étudiants étrangers concernés seraient 10.000. Outre le gouvernement et l’application stricte de la circulaire, Syntec Numérique désigne un autre responsable à la situation des étudiants étrangers.
« Comme certaines personnes dans nos métiers continuent à dire qu’il y a du chômage, les métiers du numérique n’ont pas été considérés comme sous tension. Depuis le 17 août, les préfectures considèrent que les candidats étrangers à des métiers dans le numérique, n’étant plus sur la liste des métiers sous tension, elles n’ont plus à accorder de permis de travail » argue Eric Tirlemont, co-président de la commission marchés-tendances.
Attaqué sur l’hégémonie du Syntec, Guy Manou-Mani répond « que c’est plutôt dans l’intérêt général de l’industrie du numérique (…) Nous représentons toute la profession. Et vous avez le Munci (…) qui fait son fond de commerce sur la contestation de nos chiffres. Je dis qu’il travaille contre l’intérêt de toute la profession et surtout de nos salariés. »
« Nous sommes en démocratie et que les associations y ont un rôle important à jouer, y compris les associations professionnelles comme la notre » rétorque le Munci, qui s’est rapproché du CICF Informatiques pour faire entendre les revendications des indépendants et TPE de l’IT, non représentés selon eux par Syntec Numérique.
« Ces entreprises pâtissent par ailleurs d’une intermédiation exagérée [Ndlr : sous-traitance en cascade opérée par les grandes SSII] et d’un déréférencement auprès des grands comptes » déclarait ainsi récemment Marie Prat, présidente de la CICF Informatique.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire